Dans les entrepôts, les usines et les environnements industriels du monde entier, certaines règles de santé et de sécurité peuvent sembler étranges. D’autres paraissent si évidentes qu’on peut se demander pourquoi elles existent. Mais aucune n’a été écrite par hasard.
Chacune de ces règles existe parce que, quelque part, à un moment donné, quelqu’un a fait exactement ce contre quoi la règle met aujourd’hui en garde et les conséquences ont été suffisamment graves pour qu’il faille les documenter et éviter qu’elles se reproduisent.
Ce qui semble ridicule sur papier est souvent le résultat d’un incident bien réel. Et une fois que l’on comprend le risque derrière chacune de ces règles, elles cessent de paraître bizarres et deviennent nécessaires.
La norme maritime d’OSHA aux États-Unis stipule que l’air comprimé utilisé pour le nettoyage doit rester inférieur à 30 psi et ne doit pas être utilisé pour nettoyer des employés. C’est exactement le genre de phrase qu’on n’écrit qu’après qu’un nombre suffisant de personnes ont décidé qu’un boyau d’air comprimé était un substitut raisonnable à une brosse, à un aspirateur ou au bon sens.
Les règles de construction d’OSHA stipulent que les employeurs doivent s’assurer que les travailleurs n’utilisent aucune partie de leur corps pour localiser ou tenter d’arrêter une fuite hydraulique. Le HSE britannique avertit également que des personnes se blessent en cherchant des fuites à mains nues, car un fluide à haute pression peut être injecté à travers la peau. Cette règle semble étrange jusqu’à ce qu’on réalise que les blessures sont aussi graves que le laisse entendre la formulation.
WorkSafeBC stipule qu’un travailleur ne doit pas monter sur une charge, une élingue, un crochet ou tout autre équipement de levage. Il ne s’agit pas simplement d’éviter les enfantillages ni de faire preuve de prudence. Il s’agit d’un règlement clair interdisant de monter sur un crochet de grue, parce que « quelqu’un a réellement essayé ça ».
Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (CCHST) indique que les travailleurs ne doivent pas grimper, marcher, s’asseoir ou monter sur des convoyeurs, même lorsque ceux-ci sont à l’arrêt. Cette dernière précision est essentielle. Elle montre que cette règle ne concerne pas seulement l’appareil en mouvement, mais aussi le redémarrage, l’énergie emmagasinée, les points de pincement et le cadenassage. Un convoyeur peut sembler inoffensif tout en étant un très mauvais endroit où s’asseoir.
ANSI interdit aux gens de monter sur des transporteurs verticaux et sur des convoyeurs verticaux à mouvement alternatif. OSHA précise que ces convoyeurs ne sont pas destinés au transport de personnes. Donc, si une plateforme existe pour déplacer des matériaux entre différents niveaux, la réponse officielle à la question « Puis-je monter dessus? » est non, même si elle semble clairement conçue pour ça.
Cette règle s’applique dans plus d’un pays, ce qui en dit long. Le ministère japonais de la Santé, du Travail et du Bien-être indique que les employeurs ne doivent pas autoriser les travailleurs à monter ailleurs que sur le siège du chariot élévateur, à moins que des mesures de prévention des chutes soient en place. Il précise également que les chariots élévateurs ne doivent pas être utilisés à d’autres fins que celles prévues, si cela peut créer un danger.
OSHA précise qu’il est interdit au personnel non autorisé de monter sur les chariots élévateurs et ajoute que les employés ne doivent jamais être transportés sur les fourches des chariots élévateurs. Manifestement, des organismes de réglementation du monde entier sont arrivés indépendamment à la même conclusion : si personne ne les en empêche, des gens vont absolument essayer de transformer un chariot élévateur en plateforme pour personnes.
Le ministère du Travail de Hong Kong déclare qu’il ne faut en aucun cas introduire de l’oxygène dans un espace clos. Pour un non-spécialiste, cela semble contre-intuitif. Pour quiconque travaille dans des espaces clos, c’est parfaitement logique : l’enrichissement en oxygène peut entraîner un risque d’incendie et d’explosion. C’est l’un des meilleurs exemples d’une règle qui peut paraître absurde jusqu’à ce qu’on en comprenne la chimie.
Le CCHST recommande aux travailleurs du secteur métallurgique de ne pas se nettoyer les mains avec des fluides de coupe et de ne pas utiliser de chiffons près des pièces de machine en mouvement. Ses directives sur les outils à main précisent également qu’il ne faut pas frapper un marteau avec un autre marteau.
Les consignes de sécurité en entrepôt et les manuels des fabricants déconseillent systématiquement de grimper sur les palettiers. Ces structures sont conçues pour supporter des charges verticales, et non des personnes, et y grimper accroît les risques de chute tout en pouvant endommager des éléments structuraux essentiels. C’est exactement le genre de règle qui laisse croire que quelqu’un a déjà décidé d’escalader un palettier.
Les directives d’OSHA relatives à la manutention du grain interdisent littéralement aux employés de marcher sur le grain pour le faire s’écouler. La même directive précise que cette pratique est interdite dans les structures de stockage à plat et empêche les travailleurs d’entrer dans des zones où l’engloutissement par la chute de grains est possible.
Le point commun est clair. Aucune de ces règles n’est le fruit du hasard. Elles sont étrangement précises, car l’erreur l’était aussi.
Quand suffisamment de personnes ont essayé de monter sur un crochet de grue, de se nettoyer avec de l’air comprimé ou d’utiliser leurs mains pour repérer une fuite hydraulique, les manuels de sécurité cessent de parler en généralités. Ce qui relevait autrefois du bon sens devient une règle écrite.
C’est pourquoi les règles de sécurité ressemblent souvent à ceci : « S’il vous plaît, ne faites pas cette chose précise… » Parce que quelqu’un l’a déjà fait et que ça s’est mal terminé.
Dans les entrepôts, bon nombre de ces règles évidentes ont trait aux dommages que peuvent subir les palettiers, aux risques d’impact et à l’intégrité structurelle, des domaines où de petites erreurs peuvent rapidement prendre de l’ampleur.
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La frontière entre la sécurité et la surcorrection devient souvent floue lorsque les entreprises craignent de se voir tenues pour responsables. Pour éviter d’éventuelles réclamations, plusieurs ont mis en place des règles internes qui peuvent sembler un peu excessives :
Cependant, toutes les règles de sécurité bizarres ne sont pas réelles.
En fait, des organismes comme le Health and Safety Executive (HSE) du Royaume-Uni interviennent régulièrement pour corriger des mythes en milieu de travail sur la santé et la sécurité, qui n’ont aucune base légale. Dans bien des cas, ces règles proviennent de politiques internes, de malentendus ou d’interprétations trop prudentes et non d’une véritable obligation réglementaire.
En voici quelques exemples :
Certains travailleurs se sont fait dire que ces appareils nécessitaient une assurance spéciale ou étaient interdits pour des raisons de sécurité.
Réalité : Aucune loi n’interdit les bouilloires ni les micro-ondes au travail. S’il existe une inquiétude, elle devrait être traitée comme un simple risque d’incendie.
Des guirlandes autour d’un bureau? Apparemment dangereuses, selon certaines rumeurs de bureau.
Réalité : Le HSE a confirmé qu’il n’existe aucune raison générale pour interdire les décorations en matière de santé et de sécurité. Utilisées avec discernement, elles peuvent même améliorer le moral des employés.
La différence entre les vraies règles de sécurité et les mythes est importante.
Les vraies règles, telles que celles présentées plus haut dans cet article, sont rédigées à la suite d’incidents, de blessures ou de quasi-accidents. Elles sont précises, parfois étrangement précises, parce que le risque est réel.
Le résultat, c’est de la confusion et, parfois, moins de respect pour les règles qui permettent réellement d’éviter les blessures et les temps d’arrêt.
Dans les entrepôts, cet écart compte. Les risques les plus critiques ne sont pas toujours évidents, et c’est souvent là que sont causés les dommages et les incidents graves.
Certaines règles paraissent évidentes parce qu’elles ont été créées à la suite d’incidents réels. Elles sont souvent rédigées en réponse à des erreurs très précises ayant causé des blessures ou des quasi-accidents.
Non. Certaines sont des obligations légales, tandis que d’autres relèvent de politiques internes ou de bonnes pratiques.
Les règles de sécurité sont précises parce que les incidents qui les ont motivées l’étaient aussi.
Les palettiers sont conçus pour supporter des charges stockées, pas des personnes.
Les vraies règles de sécurité reposent sur des risques et des incidents documentés. Les mythes, eux, naissent souvent de malentendus.
Certaines entreprises mettent en place des règles internes strictes afin de réduire leur responsabilité ou d’éviter la récurrence d’incidents.
Dans les entrepôts, de petites erreurs peuvent rapidement dégénérer en incidents graves.